4/ Le père de La Buse

23 février 2026 2 Par Jean-Claude

Le père de La Buse a eu un rôle déterminant sur son parcours. Au début de mes recherches, j’étais loin de m’y attendre. Surtout que le jeune Olivier Vasseur ne l’a malheureusement jamais connu. Son père est mort le 27 août 1695, soit 69 jours avant sa naissance le 5 novembre 1695.

Copie de l'acte de décès du père de La Buse

« Le 27 août, Olivier Vasseur a été tué au Risban le jour du bombardement dont le coup a été profond dans la poitrine (?) de ce père ».

Depuis 1688 et jusqu’en 1697, nous sommes en pleine guerre de la ligue d’Augsbourg. Jacques II d’Angleterre est catholique contrairement à ses prédécesseurs anglicans. Lors de la « Glorieuse Révolution », le parlement anglais le renverse sans effusion de sang et le contraint à l’exil. Pour le remplacer, les parlementaires choisissent Guillaume III, un néerlandais qui ne parle pas un mot d’Anglais. Louis XIV, en tant que roi catholique, l’accueille en France et tente, avec l’appui des jacobites Anglais, des Ecossais et des Irlandais de lui rendre son trône. Bref, nous sommes une nouvelle fois en guerre contre les Anglais et contre la ligue du Nord.

Plan de Calais datant du fin du 16ème siècle montrant la situation du fort Risban de l'autre côté du chenal de l'entrée du port

Plan du XVIème siècle : ville fortifiée de Calais en bas à droite, la citadelle sur la partie gauche et le fort Risban le long de la mer à l’entrée du port de l’autre côté du chenal.

Comme l’indique Nelly Mulard dans son livre « Calais au temps des lys », 80 navires Anglais se positionnèrent le 25 août 1695 à l’entrée du port de Calais et bombardèrent la ville de 350 bombes et pots à feu. Les dégâts furent importants. 3 matelots et 1 soldat sautèrent dans l’explosion d’un baril de poudre au Risban.

La mort du père de La Buse au Fort Risban indique donc qu’il était matelot ou soldat mais dans les 2 cas militaire engagé ou conscrit.

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Autre acte officiel le concernant est celui de son mariage.

Copie de l'acte de mariage des parents de La Buse
Agrandissement de la signature de son père montrant qu'il savait écrire

Voici la traduction, l’acte officiel étant difficile à déchiffrer.

L’an de grâce mille six cent quatre vingt quatorze le vingt sept jour du mois de juillet après publication d’un ban et dispense des 2 autres entre Olivier Vasseur et Marie Anne Gansse garçon et fille de cette paroisse je soussigné chanoine de cette paroisse unique de Dk j’ay reçu le consentement mutuel des témoins des sus-nommés et de la permission de Monseigneur notre Curé. Les ay conjoint solennellement en mariage en présence de Robert Leguillon, Charles Quenoi, Toussaint de Lestre et Léon Augustin. La contractante n’a lieu d’escrire.

A noter que, selon l’annotation « n’a lieu d’écrire », la mariée (la contractante) ne sait ni signer ni même tenir la plume pour faire une croix. De son côté, son père sait signer en formant les lettres de son prénom et de son nom. Par ailleurs et après recherches, Charles Quenoi a eu comme témoin lors de son mariage un capitaine corsaire.

Cet événement a attiré mon attention car il se déroule à Dunkerque alors qu’ils habitent Calais, bénéficient d’un ban d’une durée dérogatoire. La cérémonie a lieu quelques jours après la très célèbre bataille de Texel.

Cette bataille se déroule le 29 juin 1694 alors que la France fait face à une 2nde année de grave famine. Le roi a acheté du blé russe et polonais qui doit nous parvenir par bateaux escortés par des navires danois et suédois. Pour assurer l’escorte, une petite flottille commandée par Jean Bart est envoyée à leur rencontre. Bonne inspiration car les navires ont été capturés par les Hollandais. L’affrontement est inévitable. Le combat dure peu de temps mais est sanglant pour l’ennemi : plus de 300 morts chez eux dont le contre-amiral de Vries, … 16 pour notre camps. Quand Jean Bart arrive à Dunkerque avec plus de 80 bateaux alignés devant le port, la foule est en liesse. Il est le sauveur de la France et tous les corsaires du nord de la France deviennent des héros. En apprenant la nouvelle, les spéculateurs (les accapareurs comme on les nommera pendant la Révolution) sortent leurs réserves de blé et tentent de les vendre. Mais il est trop tard : le cours du blé chute de 30 à 3 deniers le boisseau. La France revit. Jean Bart sera anobli par la suite et, pour plagier une formule célèbre, pour les corsaires, ils leur suffisaient de dire, j’étais à la bataille de Texel, pour qu’on leur réponde : voilà un brave. Henri Malo dans son livre « Les Corsaires du Dunkerquois et Jean Bart » ainsi que Patrick Villiers dans « Corsaires du littoral Dunkerque, Calais, Boulogne…  » en font une restitution saisissante.

J’ai essayé de vous restituer l’importance de cette bataille auprès de la population. Le but de celle-ci n’était pas de conquérir de nouveaux territoires, voire même de les défendre, mais l’enjeu était bel et bien leur survie.

Etait-il militaire volontaire ou conscrit suite aux ordonnances de 1681 et 1689 de Colbert ? Je n’ai pas trouvé de documents l’attestant formellement. Selon Patrick Villiers et Pascal Culerrier dans leur article disponible sur le portail de « Persée » « Du Système des classes à l’Inscription Maritime », « tout homme âgé de plus de 18 ans exerçant un métier était tenu de se faire enrôler et de se soumettre aux réquisitions royales ». Ainsi « toute l’étendue des côtes et les rivières navigables jusqu’à la mer étaient soumises à l’ordre des classes ».

En contre partie, « en période d’activité, l’inscrit maritime recevait une solde ou une demi-solde en dehors des période militaire. En cas de blessure ou de maladie, il obtenait une demi-solde permanente. En cas de décès, son épouse et ses enfants recevaient une demi-solde ». Colbert a ainsi mis en place le 1er système d’assurance social au monde. Il était financé par les marins eux même qui payaient 4 deniers par livre des salaires versés par le roi soit environ 2,5%.

La mère de La Buse a été sans doute l’une des premières femmes à en bénéficier. Lors de la déclaration du décès, elle a aussi pensé à son futur enfant : elle a fait ajouter la mention « père » alors que son enfant n’était pas encore né. Ce n’était pas anodin.


Conclusion :

Nous allons le voir dans les articles suivants, la mort du père de La Buse va changé profondément la vie de son fils. Sans doute sur le plan psychologique mais 300 ans après, il nous sera difficile de l’évaluer. Par contre, les mesures mises en place par Colbert vont nous permettre de répondre à un certain nombre de nos interrogations.


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