7/ Le Grand-père d’Olivier
Dernier membre de sa famille que nous allons aborder : le grand-père. Vers 5-6 ans, la maison devenant trop petite après les naissances de ses demi-frères et soeurs, Olivier Vasseur a pu habiter chez son grand-père. Celui-ci l’a initié à l’art de la navigation côtière. Mais pas uniquement. Son rôle a été bien plus important.
Plusieurs auteurs indiquent que le grand-père d’Olivier Vasseur était maître de bélandre qui est un voilier à fond plat, très pratique pour naviguer le long des côtes et surtout pour remonter petits fleuves et rivières. Je n’ai pas retrouvé l’information officielle l’attestant.

Mais ça ne serait pas étonnant puisque son frère ainé (c’est à dire le frère du grand-père de La Buse) a contracté un acte notarial lors de son mariage indiquant qu’il était « maistre de chaloupe demeurant au Courgain« . C’est un quartier fortifié regroupant tous les hommes de mer qui longe le Bassin du Paradys où ils peuvent amarrer leur bateau. Il est séparé par un canal et des fortifications du bourg de Calais.
Petite parenthèse historique importante avant d’aller plus loin : Calais a été conquise par la France en 1558 et a été rattaché à la Picardie comme toute la partie qu’on appela « le Pays Reconquis ». Ce rattachement perdura même après la conquête de l’Artois et ce jusqu’à la Révolution.

Ce « poste avancé » en territoire ennemi a fait de Calais un lieu hautement stratégique : de petits travaux furent entrepris sous la houlette de Richelieu mais beaucoup plus importants sous la direction de Vauban à partir de 1658 drainant vers Calais de nombreux compagnons tailleurs de pierre, maçons, charpentiers…

Calais ayant été libérée des Anglais, il a fallu remplacer cette population rapidement. Henri IV ayant promulgué l’édit de Nantes en 1598 et la Flandre voisine étant régie par la Très catholique (et très répressive) Espagne, un flux de protestants s’est mis en place vers Calais. Les lieux de cultes protestants étant interdits dans les villes fortifiées, les temples ont été construits en périphérie à Marck et surtout à Guînes qui a compté plus de 3000 fidèles.
Fin de la parenthèse historique indispensable pour comprendre l’émergence d’un grand nombre de smoggleurs, nom donné aux contrebandiers qui exerçaient leurs trafics vers l’Artois en bénéficiant de différences notoires de taxes. En effet, Calais étant en Picardie et ayant accès à un grands nombres de petits fleuves menant en Artois, il était aisé de transporter des biens en bélandre ou tout autre bateau à fond plat. Tous les produits étaient concernés : sel, alcool, thé, tabac, articles de luxe, fil, coton,… et tout le monde trafiquait : marins, paysans, gros négociants et ecclésiastiques qui louaient à l’occasion leurs locaux pour stocker les produits.
Mêmes les bateaux Anglais venaient à l’occasion dans le port de Calais pour s’approvisionner notamment en thé et en alcool sous l’oeil bienveillant des autorités locales qui y voyaient une rentrée de devises (Vue des côtes anglaises depuis le mont Vasseur à Sangatte). Seuls les gardes de la Grande Ferme Générale qui étaient rémunérés aux prises, étaient intransigeants, allaient jusqu’à surveiller les gués des rivières et n’hésitaient pas à faire feu si nécessaire.


Le smogglage pouvait aussi concerner les livres/écrits interdits et les courriers personnels qui se voulaient confidentiels. Après la révocation de l’Edit de Nantes et la promulgation de celui de Fontainebleau en 1685, il est devenu nécessaire aux protestants de cacher leur foi voire de préparer leur fuite. Tout ceci exigeait la plus grande confidentialité.
Pour cela, un codage était utilisé. Parfois masqué derrière une lettre banale d’enfant à son grand-père ou d’une recette de cuisine ou…, le message indiquait le lieu et la date du rendez-vous. Utilisaient-ils un codage pig pen appelé plus communément le code des francs-maçons ? Je n’en ai trouvé aucune trace. Mais ????
Je ne peux pas terminer cette description sociologique de Calais sans parler de l’activité principale : la guerre de course. Comme l’indique le tableau ci-joint détaillant les prises et les rançons entre 1702 et 1713, Calais était certes derrière Dunkerque mais très loin devant son 1er poursuivant Saint-Malo.

Les corsaires calaisiens étaient moins connus que ceux de Dunkerque mais ils n’étaient pas moins actifs. Ils partaient à l’abordage parfois avec une barque remplie d’hommes et un canon car ils ne manquaient pas de courage. Beaucoup mourraient mais d’autres venaient les remplacer.
C’est avec cette réalité que le jeune Olivier Vasseur a grandi. Il ne pouvait que vouloir suivre l’exemple de son père, l’exemple de tous ces pères et jeunes gens de Calais qui faisaient preuve de tant d’audace et devenaient des héros. Pour les imiter en tant que corsaire, il a dû attendre sa 10ème ou sa 11ème année. En attendant, il a pu apprendre à lire, à écrire,… apprendre tous les savoir pour naviguer que ça soit à l’école d’Hydrographie qu’avec son grand-père. Il est possible qu’il ait contribué à passer des marchandises en toute clandestinité et qu’il se soit entrainé dans le codage de certaines lettres. A 10 ans, il était prêt pour une grande aventure.
Conclusion :
Ainsi se termine le 1er volet portant sur la jeunesse de La Buse. J’espère n’avoir pas été trop long, j’ai essayé d’être bref. Mais je pense qu’il était nécessaire de vous transmettre toutes ces informations afin que vous puissiez appréhender quelque peu le personnage. Le cryptogramme (pour peu qu’il soit de lui) et quelques maigres écrits vont un peu compléter nos connaissances sur son sujet. Son jugement aurait dû aussi le permettre mais, hélas, tout a disparu en dehors de la décision de justice. Aucune trace des interrogatoires, aucune trace des échanges lors du procès… RIEN ! Pour en savoir davantage, nous allons devoir déborder de perspicacité en détectant le vrai du faux dans l’oeuvre de Defoe. Mais auparavant, analysons le codage pig pen.
