8/ Un codage PigPen non maîtrisé mais malin

19 février 2026 1 Par Jean-Claude

Même si le codage PigPen est un outil de chiffrement assez simple, il peut vite devenir très ardu si certaines règles sont respectées et maitrisées. La 1ère qui vous a sans aucun doute posée des difficultés, est qu’il n’y a aucun espace entre les mots. Sachant que tous les symboles ont la même largeur et hauteur et qu’ils ont un sens différent selon leur orientation, le cryptogramme devient un monobloc dont on ne sait pas où est le début et où se trouve la fin. Pour illustrer mes propos, les 4 figures ci-dessous ont le même message sauf que la feuille est orientée différemment : un simple copier-coller avec un renversement tantôt vers la droite tantôt dans l’autre sens 🙂

4 mêmes messages en PigPen orientés de différentes façons
Cryptage de La Buse

Le cryptogramme attribué à La Buse ne respecte pas la règle de base du codage PigPen : lignes de différentes longueurs, non alignement des caractères, utilisations du « 2 » et de symboles qui donnent de suite le sens de la feuille… Ceci donne l’impression que l’auteur ne maitrisait pas ce type de codage. Peut-être l’a-t-il appris tardivement ou peut-être n’était-il pas dans de bonnes conditions pour respecter ce principe ? Difficile d’aligner des caractères sur une feuille quand on est sur un bateau qui tangue… A moins que l’auteur a simplement voulu exploiter ce qu’il voulait en prendre.

En effet, notre auteur s’est contenté de prendre une grille de codage des plus classiques. Je vous mets ci-dessous les 2 exemples les plus connues. Toutefois, s’il voulait rendre son message plus difficile à traduire, il aurait pu choisir une grille de codage commençant par une autre lettre que le A ou avec un sens inverse de l’alphabet ou en commençant sa grille par les voyelles puis les consonnes ou… Le tout en ajoutant de ci de là des lettres pirates (ou parasites) et vous avez un cryptogramme beaucoup plus compliqué à craquer.

Grille de codage PigPen classique
2nd exemple de grille de cryptage PagPen classique
Grille de cryptage donnée par Charles de La Roncière

La grille de codage qui a été utilisée, est celle ci-jointe, assez ressemblante au 1er exemple cité précédemment. A noter, le i et le j sont distincts ce qui est vrai depuis le milieu de XVIème siècle (ils étaient confondus au préalable). Il en est de même pour le u et le v. Quant au w, il n’a fait son apparition dans la langue française qu’après la 2nde guerre mondiale avec l’arrivée du chewing -gum. Plus étonnant l’absence du x et surtout du y qui étaient utilisés régulièrement. Peut-être étaient-ils codifiés comme le z ?

Cette grille de codage est celle qui figure dans « Le Flibustier Mystérieux » de Charles de La Roncière. Peut-être est-ce lui qui a noté en haut « Alphabet du forban ». A moins que ça soit une autre personne. Mais, avec les seuls documents que cette personne nous a fourni dans son livre, comment a-t-elle fait pour le codage des chiffres ? Il n’y a aucun chiffre à ce stade dans le cryptogramme !

Ceci vient corroborer l’hypothèse émise dans le 2ème article du blog (Deux cryptogramme, un choix) il y a des personnes en possession des originaux et/ou de documents supplémentaires. Le plus plausible serait l’un des descendants de la famille Savy. L’association Âme de pirate devrait de toute évidence le savoir.

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Ce codage étant relié à la Franc-maçonnerie, vous vous doutez bien que j’ai quelque peu enquêté de ce côté. En effet, les 1ères traces de cette organisation en France est datée de 1731 ce qui pourrait mettre un doute quant à l’attribution du cryptogramme à La Buse. Toutefois, cette organisation ayant fait son apparition quelques années auparavant en Ecosse, il est aussi possible que notre pirate l’ait appris à l’occasion d’échanges avec un Anglais qu’il soit pirate ou prisonnier. Mais là encore, l’hypothèse est peu plausible car aurait nécessité une formation rapide. L’autre solution serait que ce codage existait avant la création de la Franc-maçonnerie ?

On pourrait donc douter que la franc-maçonnerie soit un prolongement de l’ordre des Templiers : 400 ans les séparent et de nombreuses différences idéologiques. Pour autant, quand on examine le codage des Templiers, on ne peut que constater des similitudes flagrantes : symboles tantôt avec ou sans des points ayant des traductions différentes selon leur orientation.

Grille de cryptage des Templiers

Sauf que pour le cryptage des Templiers, ils ont utilisé des fragments de la croix de Malte ou croix de St Jean. Mais, dans ce cas, que représentent les symboles du cryptage attribué à la Franc-Maçonnerie ? La « croix » pourrait représenter l’équerre et le compas, symboles des maçons, tandis que le quadrillage serait un échafaudage symbole des charpentiers ou un mur de taille symbole de la Guilde des tailleurs de pierre.

Codage des Templiers dans la croix de Malte

Il ne s’agit pas d’une filiation directe entre le Compagnonnage et la Franc-maçonnerie, le 1er étant une corporation de bâtisseurs et le 2nd est un groupe de loges qui s’ouvre aussi à d’autres populations. Mais ils partagent ce courant de pensées qui reconnait la méritocratie/la compétence et non plus uniquement le droit du sang. Ainsi, ils ont en commun cette structure initiatique (Apprenti, Compagnon et Maître), un vocabulaire issu des chantiers, les outils comme support de réflexion (le compas symbole de la mesure, la limite et la réflexion et l’équerre synonyme de rectitude).

J’avoue que je n’ai pas poussé davantage mes recherches sur ce sujet et que ce ne sont que des hypothèses. Mais je voulais prouver que le cryptage PigPen a bien pu être utilisé par La Buse. Celui-ci était déjà utilisé par les Compagnons qui se déplaçaient au gré des chantiers sur toute la France voire même dans toute l’Europe et en particulier à Calais comme nous l’avons vu dans l’article précédent (grand travaux de Vauban).


Conclusion :

Ainsi l’écriture PigPen date bien avant la création officielle de la Franc-maçonnerie. Il est donc possible que La Buse ait pu écrire ce cryptogramme dès l’année 1721. Ayant eu une éducation initiale par les Frères des écoles chrétiennes, il a pu compléter ses connaissances aux contacts des nombreux Compagnons présents dans la région de Calais lors des grands travaux de fortifications de Vauban. L’exode des Protestants vers l’Angleterre ou vers les Provinces unis aidée par les smoggleurs Calaisiens a nécessité des échanges de correspondances codées. Le jeune Olivier Vasseur a fait ainsi ses 1ères expériences en la matière et a pu se perfectionner par la suite. A tel point qu’il semble même que, compte tenu de l’utilisation du PigPen dans une version « simpliste », La Buse ait pu l’utiliser non pas comme un outil de codage mais comme un style d’écriture, à l’instar de certains qui prennent l’habitude d’écrire en scripte pour savoir se relire plus facilement par la suite. N’est-il pas plus facile d’intégrer des lettres pirates en scripte ou en pigpen plutôt que dans une écriture cursive ? De ce fait, à quel niveau se situe le vrai codage ? Le début de la réponse dans le prochain article.


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