9/ Traduction du cryptogramme de La Buse : la 1ère phrase
Rentrons dans le vif du sujet du cryptogramme : comment traduire et comprendre le cryptogramme de La Buse. Certains y voit une recette de cuisine. Détrompez-vous !
Les 8 articles précédents n’avaient qu’un seul but : démontrer que La Buse n’était pas un simple gars d’un quartier marins de Calais sans éducation et sans argent. Pour s’en convaincre, ci-dessous un extrait de la lettre qu’il envoie au gouverneur le 25 mars 1724 en réponse à l’offre d’amnistie du Conseil Provincial de l’île Bourbon :

Si vous avez une copie de l’original, je suis preneur car l’informatique des Archives était indisponible lors de mon passage suite à une attaque informatique.
- Le bleu correspond à du vieux français. Il faut effectivement le prendre en compte dans la traduction du cryptogramme.
- J’ai indiqué en marron les absences d’apostrophe qui sont assez récurrentes mais pas systématiques. Est-ce l’habitude d’écrire en PigPen sans séparation entre les mots dont j’évoquais l’existence dans l’article précédent ?
- En rouge, les fautes d’orthographe. Beaucoup sont sur des mots avec une double consonne. Peut-être est-ce là une habitude d’écrire en codage. En effet, l’utilisation de double consonne facilite le déchiffrement du code car ça ne concerne qu’un nombre restreint de lettres. A prendre en compte.
- A noter aussi l’emploi régulier du conditionnel ce qui confirme un bon niveau de culture. Toutefois, ce courrier s’adresse à une personnalité (le gouverneur) ce qui n’est pas le cas pour le cryptogramme. Ce dernier est écrit pour le propre usage de La Buse.
Le dernier constat est très important : le cryptogramme est probablement un aide-mémoire pour se souvenir de l’emplacement des différents emplacements des trésors cachés. Il s’adresse donc à lui même avec son référentiel, ses mots usuels avec ou sans ses fautes d’orthographe, son style, son passé…
Ce n’est pas non plus son 1er cryptogramme : Pas besoin d’un cryptogramme s’il n’y a qu’une seule et unique cachette. Il en a plusieurs, à tel point qu’il est nécessaire pour lui de créer des pense-bêtes. Ca devait d’ailleurs être aussi le cas quand il a écumé les Caraïbes. Nous y reviendrons peut-être par la suite mais on peut se questionner sur les raisons qui le pousse à rester dans cette zone après la prise de New Providence. En effet, en 1718, alors qu’il sait que Woodes Rogers est à leur recherche, il reste quelques mois supplémentaires avant de fuir vers l’Afrique puis l’Océan Indien. Il est possible que cette prise de risque était motivée par la récupération de certains trésors déjà indiqués sur des cryptogramme ?
Fort de ces différents constats, passons à la traduction du début du cryptogramme et découvrons son sens caché. Voici ma traduction :

Cette phrase est la plus simple à traduire de tout le cryptogramme. En effet il n’y a que très peu de lettres pirates. On peut même se demander si ce n’est pas des erreurs de codage. En effet, la proximité des lettres (N à la place de M, L de K, S de T et C de D), peut laisser penser que l’auteur s’est trompé dans le symbole PigPen. Ca ne sera plus le cas pour la suite du texte.
Le A du départ est peut-être la marque du début du texte. Comme indiqué dans l‘article précédent, les codes peuvent se lire différemment selon l’orientation de la feuille. Pour faciliter sa lecture, les codeurs mettaient un repaire connu par leurs correspondants pour lui indiquer le sens de la feuille. Faut-il retenir cet hypothèse ? Il faudra examiner cet éventualité lors de l’étude du 2nd niveau de codage. En effet, vous avez sans doute compris, il faudra se servir des lettres modifiées pour aller plus loin dans la compréhension du message.
A ce stade, c’est un jeu d’enfant. Au sens propre du terme ! Vous avez peut-être joué comme moi en étant jeune aux agents secrets ? Influencés par la série Mission Impossible, nous nous amusions à envoyer des pseudo messages codés avec nos talkie walkies (pour les plus jeunes, c’était comme un téléphone mais avec lequel on ne pouvait appeler qu’un seul ami s’il se situait à moins de 200m :-). Le message le plus mémorable avait été : « la cane va mettre ses bas dans 10mn » afin de se donner rdv à la ca-bas-ne. Bon ok, ça ne volait pas haut mais nous n’avions que 8 ou 9 ans.

Cette 1ère phrase du cryptogramme m’a tout de suite remémoré ce souvenir. En effet, si on retire les « 2 coeurs » du mot « pijons », on obtient « une paire de pins ». Sachant qu’il n’y avait pas de pin sur l’île de La Réunion à cette époque et La Buse n’étant pas botaniste, on peut extrapoler à tout arbre ressemblant de près ou de loin à un pin. J’ai pensé à 2 Petits Nattes ou Grands Nattes : ils ont un tronc très droit, un fruit que l’on peut peut-être assimiler à une pomme de pin et une sève collante comme les résineux. Ce repère visuel était très important à l’époque pour La Buse. Mais, hélas, cet indice ne nous sert plus à grand chose car, en 300 ans, ces 2 arbres ont disparu depuis bien longtemps.
Ce genre d’énigme où il convient de modifier la structure du mot en y ajoutant ou en retirant des lettres, est dans l’air du temps en cette période. L’exemple qui me vient en tête, est celui de Du Bellay qui transforme le nom de sa maîtresse Mme Viole en l’anagramme de Olive (n’hésitez pas à mettre en commentaire d’autres exemples). De même, de nombreux journaux pamphlétaires sont édités et utilisent la sonorité des mots ou des noms de personnalités pour les tourner en ridicule. Nous aurons l’occasion de voir l’exemple de Forbin détourné en Fourbin quand nous aborderons le livre de Defoe dans l’Histoire Générale des plus fameux pyrates.
Conclusion :
Ainsi, sous la 1ère phrase du cryptogramme, La Buse y a mis une énigme qui lui indiquait un repère visuel. Sans doute, avait-il repéré ces 2 arbres de son bateau. C’était le signal qu’il devait mouiller à proximité. Quand Nageon de Lestang (cf article « 3Le parcours du cryptogramme) a récupéré les cryptogrammes par la suite, a-t-il réussi à comprendre cette 1ère énigme. De toute évidence non puisqu’il a pris soin de transmettre ce cryptogramme avec sa lettre testamentaire.
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8/ Un codage PigPen mal maitrisé mais malin

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