13/ Traduction du cryptogramme de La Buse : la 5ème phrase
La traduction de la 5ème phrase du cryptogramme de La Buse m’a fait prendre conscience que j’avais eu une très bonne idée de m’inscrire à la Fac d’histoire et de suivre assidument les cours de paléographie moderne de licence et de master. En effet, je n’aurais jamais réussi à traduire cette phrase sans ces cours : la façon d’écrire, les mots et les abréviations utilisés ont évolué fortement et auraient été de réels obstacles. Nous en verrons plusieurs exemples.
Cette 4ème phrase est longue (4 lignes), signe peut-être que l’auteur est quelque peu impatient de terminer. La densité de lettres pirates va augmenter progressivement, rendant la traduction du texte un peu plus incertaine. Des alternatives existent sans doute. Il va falloir redoubler de perspicacité. N’hésitez pas à me faire part de vos remarques. Merci.


Première anomalie : l’espace en début de la ligne 6. Que peut-il vouloir signifier ? Les cours de paléographie nous apprennent l’existence de traits continus en milieu ou en fin de mot qui sont finalement des contractions des mots afin de les écrire plus rapidement. Nous ne prenons plus la peine de faire de trait mais cette technique existe tjs (toujours). Je n’ai jamais vu qu’il pouvait être employé en début de ligne mais c’est tout à fait plausible. Que cet espace vide soit l’équivalent d’un trait continu en écriture PigPen l’est tout autant. Ainsi, dans notre cas, celui-ci pourrait remplacer le « Vous » manquant dans « Vous voulez plus ? ». Ceci n’a finalement que peu d’intérêt pour comprendre la phrase. Reste à savoir s’il faudra l’interpréter comme une lettre pirate dans la prochaine phase du décodage.
Les « 2 lits cassés » font référence selon moi à des lits d’une rivière. Que ceux-ci soient cassés, laisse penser qu’il y a un barrage formé par des chutes de pierres ou qu’ils soient complètement asséchés. Dans l’hypothèse que ce cryptogramme ait été écrit peu de temps après la prise de La Vierge du Cap, nous serions à la fin de la période humide, je penche donc plus pour la 1ère proposition.
Cette traversée des « 2 lits cassés » me laissent aussi penser que l’utilisation du « palan » évoqué dans la phrase précédente n’était pas pour escalader mais plutôt pour descendre dans le lit de la rivière et traverser à gué.

Une autre anomalie est que le mot « chemin » est coupé sur 2 lignes. C’est la première fois depuis le début du texte. Aucun doute sur la traduction mais la possibilité de retour à la ligne en milieu de mot est à prendre en compte pour la suite du texte. L’auteur est sans doute impatient d’en finir avec ce texte.
« ut » à la place de « tu » paraît évident. Même remarque selon moi que précédemment.
« être à moitie couvé » : nous dirions aujourd’hui « être à moitié fini », sot, stupide… N’hésitez pas à mettre des commentaires si vous avez d’autres explications.
« empêcher » m’a empêché de dormir car officiellement en 1721, l’auteur aurait dû écrire « empescher ». Et oui, les accents circonflexes ne remplacent les « s » en milieu de mot qu’à partir de 1740 suite à une décision de l’Académie française. Cet anachronisme pouvait être la preuve que le cryptogramme n’était pas l’oeuvre de La Buse mais bien postérieur à sa mort. Après des recherches complémentaires, l’accent circonflexe s’avère avoir été inventé par l’imprimeur Tourangeau Plantin dès 1560. Il est donc tout à fait possible qu’il ait été d’usage de l’utiliser près de 150 ans plus tard en 1721.

Je me suis cassé la tête à comprendre ce que voulait dire « empêcher une femme de rengt ». Une femme de rang ? Une femme de sang ? Empêcher une femme de règle n’avait pas plus de sens. Empêcher une femme de renseignement n’en a pas plus… Là encore, l’intérêt n’est pas que de comprendre la traduction mais de trouver les mots exacts pour identifier les lettres pirates. Donc il faut identifier ce que l’auteur a bien voulu écrire.
Heureusement, un de mes cours de paléographie a porté sur les notes tironiennes. L’une d’entre elles concerne la lettre g qui remplace la syllabe « con » ou « com ». La lettre g de l’époque ressemblait plus à un 9, je vous le concède. Vu qu’en plus PigPen code davantage les lettres que les chiffres, il est acceptable de penser que « empêcher une femme de rengt » peut devenir « empêcher une femme de renCONtre. Ainsi les lettres pirates seraient le « r » et le « e »
« Serer » au lieu de « serrer » : l’erreur est-elle volontaire ? Ou autrement dit, est-ce que le « r » manquant est une lettre pirate ? Nous avons vu dans l’article 9/ La traduction du cryptogramme de La Buse : la 1ère phrase » que notre auteur avait tendance à ne pas doubler les consonnes. C’était d’ailleurs quasiment les seules fautes d’orthographe dans sa lettre adressée au gouverneur de La Réunion. Donc j’aurais tendance à dire que c’est une simple erreur. Mais vigilance.
« Se serrer la débauche » se traduit aisément par « se serrer la ceinture ». En effet, pour avoir eu l’occasion de lire « débauche » dans un texte de XVIIème siècle, ce mot est utilisé dans un sens d’excès de nourriture et de boisson. On parle à cette époque de débauche de table. D’ailleurs aucune allusion n’est faite à de la luxure dans le dictionnaire d’autrefois de 1762. Donc une homme débauché est celui qui mange et boit copieusement donc par extension qui est gros et doit se serrer la débauche dans certaines occasions.
De même, le mot « rencontre » n’était pas communément utilisé dans un contexte de « rencontres amoureuses ». On parle plutôt de « rencontres fortuites » et de « mauvaises rencontres »… Bref, on l’utilise dans le sens de « croiser quelqu’un » ou lors d’un combat comme l’indique Le Robert en Ligne. Ainsi « empêcher une rencontre », ça peut prendre le sens de « ne pas vouloir se bousculer ». Donc il faut (ou il faudrait) rentrer le ventre de la débauche.
Et s’il est nécessaire de rentrer le ventre pour ne pas bousculer de « femme », c’est que l’espace est restreint. Un défilé, un couloir, une entrée ? Nous le verrons lors de la traduction de la prochaine phrase. Anecdote supplémentaire, si l’auteur pense à cette situation, c’est peut-être qu’il y avait une femme pirate présente dans l’équipe. A suivre…
Conclusion :
A travers la traduction de la 5ème phrase du cryptogramme attribué à La Buse, nous apprenons que le chemin vers le trésor a traversé une ou deux ravines avant d’arriver dans un endroit exigu. Pour l’instant, rien de bien concret pour identifier un lieu mais cette narration n’a qu’un seul objectif pour l’auteur : réussir à cacher suffisamment de lettres pirates afin de localiser l’emplacement de celle-ci lors de l’opération suivante de décodage. De notre côté, notre seul objectif est de découvrir la traduction exacte afin d’identifier les lettres pirates. L’enquête s’avère complexe mais, heureusement, car si son décryptage avait été simple, il aurait été découvert depuis bien longtemps !
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