14/ Traduction du cryptogramme de La Buse : la 6ème phrase
La traduction de la 6ème phrase du cryptogramme de La Buse va nous faire plonger dans l’univers du marin. En effet, pour pouvoir la traduire, il faudra être au fait de ce vocabulaire qui me laisse penser qu’une personne non issue de ce monde aurait été incapable d’imaginer un tel texte. Je fais référence à certains commentaires qui insinuent que Charles de La Roncière aurait pu l’écrire pour asseoir sa notoriété. Je vous invite à laisser un commentaire sur ce sujet si vous le souhaitez, à l’issue de la lecture de cet article.

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Contrairement à d’habitude, cette phrase ne commence pas par un verbe à l’impératif mais par le complément de phrase « pour ven » qui est sensé introduire le sujet. J’avoue que je me posais beaucoup de questions sur celle-ci. Je vous l’expliquerai par la suite.
Commençons donc l’analyse par le verbe « graiez ». Ce verbe d’origine scandinave s’écrit désormais « gréer » et signifie équiper un bateau de mats, de poulies… Il correspond parfaitement avec le contexte marin sauf qu’il y a beaucoup trop de lettres erronées. On pourrait toutefois penser que l’auteur ignorait son orthographe exacte. Mais, après avoir effectué des recherches, j’ai trouvé sur Wiktionnaire que l’orthographe « graier » a existé par le passé. J’ai donc choisi de garder cette orthographe donc avec un « A » et le « Z » en lettres pirates.
La traduction de la suite de la phrase a été plus délicate : on lit assez facilement « épingle » et on devine « oreille ». Comment ai-je trouvé « oeil » dans ce fatras de lettres « oueivil » ? Peut-être parce qu’ils sont souvent associés, par exemple dans l’expression « ne pas en croire ses yeux et ses oreilles ». De plus, j’ai découvert qu’il s’était écrit « oueil » par le passé selon ce site.
Il n’en a pas fallu davantage pour comprendre que les marins devaient apprendre à naviguer avec l’oreille pendant les nuits sans lune ou en plein brouillard… Ecouter le bruit du ressac des vagues annonçant des rochers, le cri des mouettes qui nichent dans les falaises… étaient indispensables pour ne pas faire nauffrage.

Ainsi l’expression « graiez pour épingle l’oeil sur l’oreille » devenait « naviguer à l’ouie » et donc était tout à fait compréhensible. Toutefois, même avec l’explication du « u », il reste beaucoup de lettres pirates. Notre homme a visiblement hâte de terminer.
Reste à comprendre le début de la phrase « et pour ven » ? Quelle était la logique entre le « vent » et le reste de la phrase ? Après recherche, j’ai découvert que « ven » signifiait « ami » en scandinave. Sachant que « graier » avait aussi une étymologie de cette région tout comme « bitez » dans la phrase suivante, il est tout à fait possible que notre marin connaissait aussi ce mot d’origine nordique.
Ce raisonnement a été conforté par le début de la phrase suivante « pour l’air ». Le vent et l’air, n’est ce pas la même chose ? Non, l’air sert à respirer et le vent, « pour un marin » sert à se diriger. « Prendre le vent » et « prendre l’air » sont 2 choses bien différentes. « Vent » a donc toute sa logique dans cette phrase. Mais je l’ai mis en orange dans ma traduction afin de voir si cette lettre pirate aura toute sa logique dans l’étape suivante.
Dernière énigme pour cette phrase : épingle ou espingle. Selon le dictionnaire de l’académie française, ce mot s’écrivait « espingle » en 1718 mais « épingle » en 1740. Alors, est-ce que le « S » est une lettre pirate ???
Grâce à la 5ème phrase, nous savions déjà que le trajet passait par un endroit exigu où il était difficile de se croiser sans se bousculer. Désormais nous apprenons que celui-ci est pour le moins très obscure. Il s’agit donc très certainement d’une grotte. Quoi de mieux pour cacher un trésor ?
Comme le montre cette création de l’IA faite à partir de la photo N°7 du site De la Plaine des Sables au Fond de la Rivière de l’Est par la Rampe Quatorze, les entrées des grottes sont bien souvent très étroites. Est-ce une grotte de ce type ? Pour l’instant, il est prématuré de se prononcer.

Je vous conseille aussi la lecture du site « Piton de coco » qui fait état de présences humaines antérieur à 1791 dans ce secteur reculé de La Réunion.
Conclusion :
Ainsi la traduction de cette 6ème phrase du cryptogramme de La buse nous dépeint les difficultés pour s’orienter dans une grotte. Certes, il y avait sans doute quelques torches mais il était parfois nécessaire de se diriger avec l’oreille grâce à l’appel de certains et/ou de la respiration haletante du prédécesseur.
A ce stade de la traduction, à défaut de nous donner des indications tangibles sur le lieu, l’auteur nous partage son épopée au travers de son langage de l’époque riche en expressions de marins.
J’espère que j’arrive à vous partager cette aventure et que vous avez les mêmes images que j’ai en tête.
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