15/ Traduction du cryptogramme de La Buse : 7ème et dernière phrase
La traduction de la dernière phrase du cryptogramme de La Buse est de loin la plus complexe. La densité de lettres pirates était déjà forte par endroit, celle-ci augmente au fur et à mesure des 7 lignes pour finir en apothéose, rendant très hypothétique l’exactitude des mots.
Il faut savoir que la 1ère parution du livre de Charles La Roncière en 1934 ne faisait pas paraître les 5 dernières lignes. Celles-ci ne sont apparues que bien des années plus tard. Je rappelle aussi qu’aucune trace du document original n’a été retrouvée. Sur ce sujet, je vous invite à relire l’article 2/ Deux cryptogrammes, 1 choix.
Pour autant, à quelques différences près qui peuvent être dûes à la fatigue et le désir d’en finir avec ce codage, ces dernières lignes semblent être du même style. Nous le verrons dans l’analyse qui suit.


Le début de la phrase « Pour l’air » fait écho à celle précédente qui commençant « pour vent ». C’est visiblement un sujet qui le préoccupe puisque les 7 lignes qui vont suivre, sont sur ce sujet. Nous comprendrons la raison par la suite.
« Bitez » : en tant que tel, ce verbe n’existe pas mais c’est un néologisme qui se réfère à la bitte d’amarrage, pieu enfoncé dans le sable pour que les bateaux puissent s’accrocher. Ainsi, logiquement ce mot devrait prendre 2 « t ». Mais est-ce le même problème avec les doubles consonnes qui consiste à les éviter afin de ne pas être déchiffré par un tiers trop facilement (voir article 9). Toutefois, ce mot vient du scandinave « biti » qui désigne la poutre maîtresse de la toiture. Etant utilisé aussi pour l’amarrage des bateaux, ce nom lui a été aussi attribué pour cet usage.
Que peut bien signifier l’expression « bitez un chien turc » ? Après de nombreux jours à y réfléchir et à me mettre dans la peau d’un pirate de l’époque, j’ai trouvé l’explication suivante : quand les pirates enterraient un trésor, ils tuaient ceux qui les avaient aidés à transporter les coffres afin qu’ils ne reviennent pas par la suite le déterrer en cachette ou qu’ils ne divulguent pas l’endroit. Quand la cachette était comme ici dans une grotte, ils prenaient toujours des hommes forts pour porter les coffres qu’ils nommaient sans doute turcs en référence à l’expression « fort comme un Turc « qui date du XVème siècle (par contre, l’expression « tête de Turc est beaucoup plus récente et date des foires aux manèges du début du XXème).
Le qualificatif de « chien » attribué à un homme est fortement péjoratif. Il l’était déjà durant l’Antiquité. Le chien était associé à l’image du loup, il s’attaquait parfois à l’homme et pouvait lui transmettre la rage. Par contre, il était aussi utilisé comme « chien de garde » depuis l’Empire Romain et avait donc le double sens de gardien.
Le texte du cryptogramme nous apprend donc qu’ils le bitaient (l’attachaient) dans la grotte. Dans notre cas, il n’y avait qu’un seul « chien turc ». Comme précisé par la suite, ils s’assuraient que « le vent de la mer de bien sécher » ou, autrement dit, qu’il n’y avait pas trop d’humidité dans la grotte afin qu’il puisse survivre et garder le trésor. D’où le préambule en début de phrase « Pour l’air ».
Ainsi, le but n’était visiblement pas de le tuer : les 5 dernières lignes en témoignent aussi : « Sur un volcan qui ne diffuse qu’une fumée, il peut se faire qu’un homme se détendre ». Ce dernier mot est coupé d’une croix de Saint André, patron des pêcheurs et par extension des marins. Il y manque une branche, signe sans doute qu’un proche de l’auteur est mort dans ces circonstances. Est-ce que ce mort était un proche ? Est-ce que la branche cassée marque qu’il manque un comparse à un quatuor de camaraderie ? En tout état de cause, cette mort a fortement marqué notre pirate. Son « ami » aurait vécu dans une grotte et aurait succombé précocement.

Cette maladie existe effectivement. Elle se nomme l’Histoplasmose. Même s’il y a eu 2 ou 3 cas récents sur l’île de La Réunion, cette infection y est très rare. Vu que notre pirate la connaissait, il l’a rencontré par ailleurs. Où ? Après recherches, elle est beaucoup plus répandue du côté de La Martinique et de La Guadeloupe. De plus, cette dernière île a son volcan La Soufrière d’où s’échappe continuellement un panache de fumée. Je ne sais pas s’il y a des grottes avec de petits échappements de soufre, mais l’hypothèse que le décès ait eu lieu dans une des grottes de cette île peut être posée.(Pour information même si ça n’a rien à voir : l’Histoplasmose est aussi à l’origine des décès de Carter et de toute son équipe lors de la découverte du tombeau de Toutânkhamon)
Comme l’indique la suite du texte, cette infection génère effectivement de la fièvre et des migraines (« fortes têtes ») et peut devenir mortelle à partir de 8 jours. La lune présente dans le texte doit donc être traduite comme 8 nuits (et non comme 8 lunes ce qui équivaudrait à pratiquement 8 mois, période beaucoup trop longue).
Par contre la « quina » cité par la suite n’a aucun effet sur cette infection pulmonaire. Toutefois, notre auteur a pu le croire. En effet, la quina a été découverte au Pérou : les colons se sont aperçus que les Incas machaient régulièrement cette racine et n’étaient jamais touchés par le paludisme. Ils ont donc rapidement adopté cette pratique et l’ont ramené en France. Alors qu’on le pensait perdu, les médecins ont réussi à guérir le fils de Louis XIV, Le Grand Dauphin, grâce à l’administration de fortes doses de cette écorce. La quina (aujourd’hui quinine) est devenu suite à cet événement (1683) une sorte de remède universelle et les importations de cette racine ont été fortement sollicitées. Il est donc tout à fait plausible que notre pirate ait capturé un bateau avec une telle cargaison avec des médecins à bord et qu’il ait fait sienne de ce remède.
Pour prolonger la réflexion : notre pirate accordait beaucoup d’importance à la qualité de l’air et à un environnement sain à l’intérieur de la grotte, ce n’était donc pas pour voir mourir le fameux « chien turc » enfermé à l’intérieur. D’ailleurs, dans le cas contraire, les marins avaient d’autres punitions plus sévères comme le supplice de la cale ou celui de la planche.
Cette louable attention indique donc qu’il avait l’intention de revenir pour le récupérer ainsi que le trésor dans un délai raisonnable. Sachant que celui-ci ne pouvait avoir qu’un volume limité d’eau, d’alcool et de nourriture, la durée ne pouvait excéder 1 mois voire 45 jours. Ainsi, si le trésor est encore à sa place, c’est qu’il s’est passé un événement imprévu qui l’en a empêché.
Ceci donne tout son sens à la confidence faite à son gardien « Avec ce que j’ai caché ici, je pourrais acheter toute l’île ». Il en est de même pour sa dernière fanfaronnade qu’il aurait proclamée sur l’échafaud : « Mon trésor à qui saura le prendre ».

Conclusion :
Ainsi la traduction du cryptogramme de La Buse se termine par cette description de la mise au secret du trésor. J’avais lu des romans faisant état que les pirates tuaient tous ceux qui les avaient accompagnés dans de telles circonstances mais je n’ai jamais lu un récit de ce type. De surcroit sachant qu’il a été écrit par un des acteurs, j’avoue avoir été ému au fur et à mesure de la traduction. Quand j’ai compris qui était réellement le « chien turc » et le rôle qu’il allait joué, un sentiment d’être parmi eux m’a gagné. Hélas, si mon hypothèse de coulée de lave au-dessus de l’entrée de la grotte est avérée, celui-ci devrait toujours être « présent » à côté du trésor.
Ainsi se termine le récit de ce cryptogramme. Je n’ai pas la prétention de croire que la traduction et l’interprétation sont 100% exactes. Mais elle a le mérite d’exister pour la 1ère fois et, de plus, d’être fait sur des bases sérieuses et étayées. C’est essentiel pour tenter de découvrir le trésor.
Je pense désormais qu’il est peut-être nécessaire de faire un article sur une remise dans le contexte pour bien valider la crédibilité de ce cryptogramme. En effet, à ce stade, nous n’arriverons pas à prouver que La Buse soit l’auteur. Par contre, nous pouvons étudier s’il en a eu l’opportunité. A-t-il eu le temps de parcourir une telle distance ? Comment a-t-il fait pour découvrir cette
grotte ? Nous serons donc amenés à y confronter les différents témoignages.
Par ailleurs, je mènerai la partie exploitation des lettres pirates avec un nombre restreint d’inscrits à la newsletters (6 à 10 personnes). En effet, je ne veux pas communiquer des informations tangibles aux personnes en possession des originaux du cryptogramme et/ou à des personnes qui ne respecteraient pas les règles en matière de fouille. Je pense qu’il y a un respect de mémoire à avoir envers ce trésor et aux personnes l’ayant déposé.
A lire la fin de l’article sur la traduction complète qui a fortement été complétée sur sa partie finale.
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